Réduire les caractèresAugmenter les caractèresImprimer

Histoire des registres de l'Ancien Régime et de leur conservation

Yc - Illustration 1 - Cavalerie.jpg


Sous l’Ancien Régime, les registres de contrôles de troupes conservés au Service historique de la Défense sont la seule source permettant de retracer le service d’un simple soldat ou d’un sous-officier. En effet, les dossiers de carrière qui commencent à être tenus au XVIIIe siècle concernent uniquement les officiers (cf. le paragraphe « sources complémentaires ») . Ces registres de contrôles de troupes couvrent une période qui s’étend du XVIIe siècle à la Révolution française

Extension chronologique

Les registres de contrôles de troupes ont été institués progressivement au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Succédant aux simples états nominatifs existant depuis le XIVe siècle et aux « registres de montre » (c’est-à-dire de revue de la troupe) ou « registres de signal » (de signalement des hommes de troupe) institués sous Louis XIII, mais peu mis en œuvre, les registres de contrôles de troupes se sont généralisés et normalisés dans l’armée française à partir de l’ordonnance du 2 juillet 1716.

En application de règlements antérieurs (l’ordonnance du 26 septembre 1620, le règlement pour l’infanterie de 1626-1627, le Code Michau de janvier 1629 et l’ordonnance du 23 octobre 1666), certaines unités possèdent des registres plus anciens : ainsi les compagnies d’invalides (à partir d’octobre 1670, afin de lutter contre les admissions frauduleuses), le prestigieux régiment des Gardes françaises (à partir de 1674), les milices provinciales (à partir de 1701).

La datation des registres n’est pas aisée : la date d’ouverture du registre, donc du premier contrôle consigné par ce registre, n’est pas toujours indiquée. Dans ce cas, on a retenu la date la plus ancienne relevée dans le registre, ce qui correspond à la date d’engagement du plus ancien soldat du régiment. Cette date est le plus souvent antérieure à l’ouverture du registre ; ainsi, la date la plus ancienne retenue pour un registre est 1633, mais elle correspond à une date d’engagement consignée dans ce registre (GR 1 Yc 706). Pour la date de fin de registre, on a retenu la dernière date à laquelle le registre a été modifié, c’est-à-dire la date la plus récente indiquée dans le registre (pour plus d’informations, on consultera le paragraphe « Datation des registres », dans la partie « Aide à la recherche »).

La série des registres d’Ancien Régime s’interrompt à la Révolution, à des dates qui varient en fonction de l’histoire des unités et de l’histoire de la conservation de ces registres (voir plus bas). Des registres de contrôles des armées révolutionnaires leur succèdent.

Le rôle des registres de contrôles de troupes

Dans le cadre de la construction d’une armée moderne, la création de registres de contrôles de troupes avait pour objectif, d’une part, de connaître la situation exacte des armées, et d’autre part, de surveiller les fonds attribués, en luttant contre les abus divers. Ces abus comprenaient bien sûr les désertions, mais également les « passe-volants », individus recrutés temporairement par les capitaines pour présenter une compagnie complète aux commissaires des guerres qui assistaient à la revue avant de verser la solde du régiment, ou encore les « rouleurs » ou « billardiers », qui quittaient leur compagnie pour une autre afin de toucher une seconde prime d’engagement.

Les registres devaient donc contenir un signalement précis de chaque individu engagé, permettant de le retrouver en cas de désertion ou de changement de compagnie.

Le registre était tenu par le major ou l’aide-major de chaque régiment ; il utilisait un cahier par compagnie, les cahiers étant ensuite reliés pour former des registres, le plus souvent par bataillon ou par régiment. Cette reliure, parfois tardive, a pu engendrer un certain désordre dans la filiation des unités.

Le registre était renouvelé à chaque changement de la composition des troupes, notamment lorsque les régiments étaient démobilisés ou dissous, à la fin d’une guerre, ou lors d’une réforme modifiant l’organisation des troupes. Il pouvait également être remplacé lorsqu’il était trop ancien, abîmé ou perdu. Un même soldat peut donc apparaître dans plusieurs registres successifs. Il existe ainsi une dizaine de registres par régiment pour la période 1716-1786. Cependant, au cours de l’histoire, certains registres ont été perdus ou détruits, et il manque donc des registres pour certains corps à certaines époques.

Le registre était conservé au corps, avant la généralisation, vers 1722, de la réalisation d’un double pour l’administration de la Guerre à Versailles. Pour les troupes provinciales, un troisième exemplaire a parfois été réalisé pour l’intendance de la généralité dont étaient issues les troupes.

Contenu des registres de contrôles de troupes

Les registres devaient consigner le signalement précis de chaque individu engagé. Les ordonnances successives rappelèrent ainsi que le major qui tenait le registre devait indiquer les nom, surnom ou « nom de guerre » du soldat, sergent ou caporal, son lieu de naissance, son élection, baillage, sénéchaussée ou châtellenie, son âge, sa taille (en pieds, pouces et lignes), ses marques de reconnaissance et sa date d’engagement dans la compagnie. Dans certains registres, on indiquait également son âge et son ancien métier, le nom de ses parents, ses états de service antérieurs (notamment pour les invalides). Malgré tout, certaines identités consignées se révèlent fausses ou erronées, soit par erreur de transcription, soit par volonté avérée de cacher sa propre identité.

Les hommes y étaient énumérés par date d’ancienneté dans la compagnie. Le registre était par la suite complété par le signalement des nouvelles recrues, les dates de congé absolu, de décès et les désertions. On trouve souvent, au début du registre, la liste des compagnies qui le composent, chacune portant le nom de son capitaine. Après 1786, une table alphabétique fut placée à la fin de chaque volume.

Les pièces additionnelles

On trouve dans les registres des pièces supplémentaires, parfois reliées avec les cahiers des contrôles, parfois entre deux pages qui n’ont pas de rapport avec le contenu de ces pièces.

Certaines concernent l’administration régimentaire : ce sont des états mensuels des recrues ou des morts, congédiés ou désertés, envoyés par les majors à la Cour ; des lettres des ministres et des majors relatives aux contrôles.

D’autres concernent des soldats : papillons rectifiant un signalement erroné, billets d’hôpitaux, extraits mortuaires ; lettres de soldats demandant des documents ; pièces permettant de compléter un signalement lacunaire ou manquant (notamment la rectification de l’état-civil à l’aide d’actes de notoriété).

La conservation des registres

Conservés à l’origine à Versailles, à l’hôtel abritant les archives du dépôt de la Guerre, les registres de contrôles de troupes ont été déplacés durant la Révolution à Paris, place Vendôme, puis plus tard à proximité des Archives nationales, avant d’être transférés en 1959 au Service historique de l’armée de Terre à Vincennes, date à laquelle ils ont été rendus accessibles au public.

C’est tout au long de cette histoire mouvementée qu’a été réalisée la reliure en registres, puis le classement des registres en sous-séries, d’une manière parfois aléatoire. Cette histoire explique aussi que certains registres ne sont pas parvenus jusqu’à nous, et que l’état de certains exige une restauration avant leur numérisation.