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Compagnies des Indes

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Présentation détaillée des atlas

Pieter Goos et L’Atlas de la Mer ou Monde aquaticque

Pieter Goos (Amsterdam, 1616-1675) était un cartographe, graveur et éditeur néerlandais, fils du cartographe Abraham Goos, dans la tradition des grandes dynasties hollandaises du monde du livre.

Pieter Goos et L’Atlas de la Mer ou Monde acquatique

Il se révèle en publiant en 1650 De Lichtende Columne ofte Zee-Spiegel, atlas nautique mondial qui sera désormais son domaine de spécialité jusqu’à sa mort. Ses atlas connaissent du succès à l’étranger, comme le montre l’édition anglaise de 1670 de John Seller. C’est la même année qu’est publié L’Atlas de la Mer ou Monde acquatique, qui reprend telles quelles les cartes de Goos, en modifiant le texte à l’intérieur du frontispice, et en rajoutant une table des cartes en français en préliminaire des planches.

L’Atlas de la Mer n’est pas l’atlas de Goos le plus précis concernant la représentation des côtes africaines, qui se limitent ici à cinq cartes. Il existe une version plus détaillée de ses cartes des côtes d’Afrique, qu’illustre l’exemplaire au SHD à Vincennes sous la cote R 250, qui présente une dizaine de planches. Tout comme dans L’Atlas de la Mer, celles-ci sont systématiquement ornées de cartouches destinés à évoquer le pittoresque du continent. Se présentant sous forme d’un recueil très grossièrement relié, il donne une bonne idée du matériel dont disposaient réellement les capitaines négriers pour s’aider dans leurs navigations.

La totalité des cartes de l’exemplaire de L’Atlas de la Mer présentées ici ont été aquarellées. C’était une spécialité des atlas publiés aux Pays-Bas, car cela leur assurait un cachet particulier propice à de bonnes ventes. Mais malgré un rejet supposé de cette pratique tel qu’il est mentionné dans plusieurs textes, les élites françaises ne la dédaignaient en réalité pas du tout, et de nombreux atlas des fonds anciens de la bibliothèque du Service historique de la Défense provenant de collections de grands personnages ont eux aussi été entièrement mis en couleurs.

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Les Van Keulen et le Flambeau de la Mer

Johannes Van Keulen (1654-1715) fut l’éditeur de cartes hollandais le plus influent dans le domaine hydrographique à la fin du XVIIe siècle.

Les Van Keulen et le Flambeau de la Mer

Établi à Amsterdam à la fin des années 1670, il obtient en 1680 une patente pour pouvoir imprimer et publier des atlas nautiques et des routiers. Donnant à sa firme le nom de « In de Gekroonde Lootsman » (qu’on peut traduire en français par Au Pilote Couronné), il passe rapidement un accord avec le cartographe Claes Janszoon Vooght.

Cette entente débouche à partir de 1681 sur la publication du Nieuwe Lichtende Zee-Fakkel, un atlas composé de six volumes représentant l’ensemble des mers du globe. Ce fut le résultat d’un travail d’intense compilation mené par Vooght, tandis que les cartes étaient richement illustrées par Jan Luyken. La publication des volumes s’étale entre 1681 et 1684.

Son œuvre fut poursuivie par son fils Gerard Van Keulen, qui publie régulièrement des éditions révisées de ces atlas. Son petit-fils Johannes II Van Keulen publie en 1755 une nouvelle et dernière édition de l’ensemble des volumes, considérablement enrichie pour sa partie asiatique.

C’est cette version qui est ici présentée. Même si les mentions des cartes de Van Keulen dans les journaux de bord de la Compagnie des Indes française sont abondantes surtout pendant la première moitié du XVIIIe siècle, l’édition de 1755 présente en effet l’avantage d’être la seule à présenter l’intégralité des cartes marines publiées sous le sceau de la dynastie Van Keulen.

Les cartes portant sur les côtes africaines sont bien plus nombreuses que dans l’atlas de Goos, ce qui explique que la prééminence des cartes de ce dernier dans les expéditions négrières fut rapidement battue en brèche par la publication de l’atlas de Van Keulen, qui sera la référence majeure des navigateurs européens pendant toute la première moitié du XVIIIe siècle.

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D’Après de Mannevillette et son Neptune Oriental

Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d’Après de Mannevillette, né le 11 février 1707 au Havre et décédé le 1er mars 1780, est le plus important hydrographe de terrain français du XVIIIe siècle jusqu’à Beautemps-Beaupré.

D’Après de Mannevillette et son Neptune Oriental

C’est le fils d’un capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes, qui l’emmène naviguer avec lui dès l’âge de douze ans. Entre 1719 et 1736, il n’effectue pas moins de cinq campagnes aux Indes, en Chine et sur les côtes d’Afrique, ce qui le familiarise très tôt avec les côtes de ces deux continents.

En 1726, il entreprend sa première campagne en tant qu’officier sur le Maréchal d’Estrées. Il démontre rapidement de grandes qualités en matière de navigation, utilisant l’octant quelques années à peine après son élaboration par Hadley, et se prend de passion pour la cartographie. Il entreprend de corriger les cartes existantes et d’en produire de nouvelles.

Il travaille sur ce projet entre 1735 et 1742, en se concentrant sur les côtes de l’Afrique, des Indes et de la Chine, ce qui lui permet de publier en 1745 le Neptune Oriental, qui reçoit un excellent accueil auprès des navigateurs européens, longtemps frustré par le secret cartographique entretenu par les Portugais dans ces régions du monde. Le succès sera tel que l’atlas recevra en 1775 une édition significativement renouvelée. C’est celle-ci qui est présentée.

Il perfectionne sa connaissance de ces littoraux lorsqu’il commande en 1749 le Cheval-Marin sur les côtes de Guinée, puis en 1750 le Glorieux, avec lequel il conduit au cap de Bonne-Espérance le célèbre astronome l’abbé de La Caille. Nommé capitaine des vaisseaux de la Compagnie des Inde en 1753, il fait une nouvelle campagne en Chine, puis commande en 1756 le Duc de Bourgogne dans l’escadre du comte d’Aché aux Indes. Il semblerait qu’il s’y soit révélé moins brillant combattant qu’hydrographe.

Conséquence logique de la reconnaissance de ses compétences particulières, il est nommé en février 1762 chef du Dépôt des cartes et plans de la Compagnie des Indes à Lorient, poste qu’il conserve jusqu’à sa mort, même après la suppression de la Compagnie des Indes. Son décès est suivi de peu par la récupération des collections du Dépôt lorientais par le Dépôt des cartes et plans de la Marine. La direction du Dépôt parisien, bien qu'elle ait officiellement critiqué l'édition de 1775 du Neptune oriental, est en effet bien consciente de ce que les cartes de D’Après de Mannevillette sur cette partie du monde sont de bien meilleure qualité que celles que le Dépôt des cartes de la Marine conserve ou a produites.

L’exemplaire présenté ici appartenait aux collections du Dépôt de la Guerre, qui n’a jamais négligé le fait maritime au cours de sa longue histoire. Dans le cadre de certains transferts de collections opérés au cours de ces dernières années, il appartient désormais à la bibliothèque historique centrale de la Marine.

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Bellin et le Petit Atlas maritime

Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772) est l’incarnation par excellence du cartographe de cabinet.

Bellin et le Petit Atlas maritime

Il est probablement, avant l’émergence de Beautemps-Beaupré à la fin du siècle, la principale figure de l’hydrographie française du XVIIIe siècle, mais n’a pourtant jamais effectué lui-même de relevés sur le terrain.

Il entre en 1721 au Dépôt des cartes et plans de la Marine, un an à peine après la création de cette institution. Il y passera toute sa vie, ayant trouvé dans les riches fonds documentaires (cartes et journaux de bord) rassemblés dans ce lieu un terrain idéal pour son goût de la compilation. Il puise sans relâche dans la masse d’informations mises à disposition, ce qui lui vaut d’ailleurs quelques démêlés avec des marins s’estimant spoliés de leurs travaux, par exemple D’Après de Mannevillette, qui n’hésite pas à déposer à ce propos une plainte à l’Académie des sciences. Tout cela ne nuit pas réellement à Bellin, qui est officiellement nommé ingénieur hydrographe de la Marine en août 1741.

Ayant tendance à quelque peu confondre ses différentes activités, Bellin profite de ses fonctions pour développer un fructueux commerce cartographique complémentaire de son travail au Dépôt. Cette œuvre s’incarne dans deux productions aux formats et aux objectifs bien différents : L’hydrographie française d’une part, et Le Petit Atlas maritime d’autre part. Même si l’ensemble de ces volumes est destiné aux navigateurs, le premier atlas s’inscrit davantage dans la lignée des grands atlas hollandais du siècle précédent, tandis que le second, avec ses nombreux plans, s’apparente davantage à la tradition des routiers de navigation. Cela explique d’ailleurs son très grand succès auprès des marins.

Le Petit Atlas Maritime se compose de cinq volumes : le premier concerne l’Amérique septentrionale et les Caraïbes, le deuxième l’Amérique du Sud, le troisième l’Afrique et l’Asie, le quatrième l’Europe et enfin le cinquième est réservé à la France. Les deux volumes ici présentés proviennent de la bibliothèque du maréchal de Castries, secrétaire d’État de la Marine de 1780 à 1787, dont les ouvrages sont très bien représentés dans le fonds ancien de la bibliothèque historique centrale de la Marine. Les armes du maréchal apparaissent sur la somptueuse reliure des deux atlas, en maroquin rouge avec un décor « à la fanfare ».

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Consulter l'atlas : Asie et Afrique


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