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La coiffe du « Lion de Belfort » : le képi de Denfert-Rochereau

© - Musée du sous-officier. Képi du commandant Denfert-Rochereau

6 novembre 2015

Tout le monde connait Denfert-Rochereau grâce à la place parisienne et la station de métro qui portent son nom, mais qui se souvient qu’il fut un grand chef militaire français ? Le Musée du Sous-Officier conserve dans ses collections le képi de ce héros de la guerre de 1870, enfant de Saint-Maixent, où se trouve l’Ecole nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) qui abrite le musée.

 

Denfert-Rochereau : un grand soldat

 

Pierre-Marie-Philippe-Aristide Denfert-Rochereau est né à Saint-Maixent-l'École le 11 janvier 1823. Issue d’une famille de la noblesse protestante, il est admis à l’Ecole Polytechnique en 1842. A l’issue de son instruction, Denfert-Rochereau fait le choix du Génie militaire et intègre l’École d’application de l’artillerie et du génie de Metz d’où il sort major de promotion en 1845.

Il connait dès lors une rapide ascension au sein de l’armée. En 1849, il participe au siège de Rome en tant que lieutenant, où il se fait remarquer. Il est promu capitaine en septembre de la même année et rejoint l’état-major du Génie à Toulon. En 1854-55, il participe à la campagne de Crimée et notamment au siège de Sébastopol. Il sert ensuite en Algérie à partir de 1860 et accède au grade de commandant, celui de notre képi, avant d’être affecté à Belfort en 1864.

Léon Gambetta le considère comme un homme de confiance: il le nomme colonel seulement dix jours après son accès au grade de lieutenant-colonel.

En 1870, au début du conflit franco-prussien, il est nommé gouverneur de la place de Belfort. Rapidement confronté à l'attaque, puis au siège des armées prussiennes, il mène, avec sa garnison de 15 000 hommes, une résistance héroïque de 103 jours contre les 40 000 hommes de Werder, ce qui lui vaut le surnom de « lion de Belfort ». Resté invaincu, il sauve l'honneur de la Nation humiliée par la défaite de Mac-Mahon à Sedan et la reddition de Bazaine à Metz. Il n’accepte de signer la convention de reddition qu’après en avoir reçu l’ordre écrit du gouvernement le 16 février 1871. Il quitte Belfort deux jours après, à la tête de ses troupes. Témoins direct de sa résistance et de sa bravoure, les Prussiens forment une haie d’honneur sur son passage.

Denfert-Rochereau reçoit la cravate de commandeur de la Légion d’honneur en 1871. Il entame une carrière politique et siège au Conseil de la commune de Saint-Maixent. Elu député en 1872, il devient président de l’union républicaine, puis, questeur de la chambre des députés. Il s’éteint dans sa demeure à Versailles le 11 mai 1878.

 

Du Shako au képi…

Le terme képi est emprunté à l’alémanique käppi, diminutif de l’allemand kappe qui signifie « bonnet ».

Le képi vient du shako, coiffure du XVIIIe siècle. A l’origine coiffe rigide et tronconique en feutre ou en cuir, elle était portée par les hussards français. Entre 1799 et 1840, le shako se généralise et plusieurs modèles se succèdent, pour aboutir à une forme, non plus cylindrique, mais évasée vers le haut et assez basse. Le shako subit une première modification importante durant la conquête de l’Algérie pour des raisons de confort : la coiffe s’allège et la visière apparait pour protéger les soldats du soleil, devenant ainsi la casquette d’Afrique modèle 1833. Naît ensuite le bonnet de police à visière en 1843 qui se répand dans l’ensemble de l’armée de Terre. En 1861, le képi est officiellement introduit dans l’armée française. Le shako modèle 1872 de forme tronconique n’est alors plus porté que pour les cérémonies.

La fin de la Première Guerre mondiale relance l’usage des couleurs de tradition, en remplacement du bleu horizon, pour les képis qui reprennent de la hauteur et deviennent semi-rigides. Le modèle 1935 rend finalement le képi rigide. La dernière modification intervient en 1959, et remplace les numéros de corps du devant du bandeau par l’attribut des unités.

 

… du commandant Denfert-Rochereau

Le képi de commandant conservé par le Musée du Sous-Officier est un képi mou de forme cylindrique au fond plat surélevé, dont le dessus porte une croix de commandement en galonnage doré. Le couvre-chef est muni d’une visière fixe en cuir noir verni doublée de basane de forme carrée, couramment appelée « bec de canard ». La visière est surmontée d’une jugulaire dorée fixée par deux boutons dorés latéraux flanqués de la cuirasse du Génie. Le képi est entièrement composé en drap noir à galons dorés. Son bandeau et son turban en drap noir, ainsi que ses passements dorés indiquent l’arme du Génie à laquelle Denfert-Rochereau appartenait. Quatre galons dorés ornent le pourtour du képi et affirment le grade de commandant qui était celui de Denfert-Rochereau en 1860.

 

Un symbole du personnage

L’image populaire de Denfert-Rochereau le représente souvent coiffé de son képi ; cette coiffe devient rapidement un symbole de ce personnage illustre. Ainsi sur une caricature parue dans « le Trombinoscope », le képi de Denfert-Rochereau apparaît démesuré par rapport au reste de son corps. C’est également coiffé de son képi que Denfert-Rochereau apparaît sur le timbre réalisé en 1970 à l’occasion du centenaire du siège de Belfort. Il y est d’ailleurs représenté à côté de la sculpture monumentale de Bartholdi : « Le lion de Belfort ».

 

Texte du lieutenant-colonel Gérald Souprayen et de Jessica Sencert, musée du sous-officier (ENSOA)

Képi du commandant Denfert-Rochereau - Musée du sous-officierPierre-Philippe Denfert-Rochereau, caricature du trombinoscope, 1872Timbre 1970-39

 

Pour aller plus loin :

Le site du musée du sous-officier

Le manteau du colonel Denfert-Rochereau au musée de l’armée

Marais, Auguste, « Un français : le colonel Denfert-Rochereau », Paris, Librairie centrale des publications populaires, 1884 disponible sur Gallica

Catalogue du Musée du Sous-Officier de l'E.N.S.O.A., « La Guerre 1870-1871. Le Colonel Denfert-Rochereau », Point d'impression de l'Armée de Terre de Saint-Maixent-L'Ecole, Saint-Maixent-L'Ecole, 2003.




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